Première personne du singulierPrintemps 2015

De l’Outback à la salle d’opération :
mon parcours aux soins infirmiers

Dès l’âge de 5 ans, je savais que j’allais devenir infirmière — l’inspiration venant de ma mère. Nous vivions dans l’arrière-pays du Queensland, appelé Outback, en Australie, dans une région desservie par un minuscule hôpital communautaire doté d’un médecin itinérant et d’un nombre restreint d’infirmières. L’une d’elles était ma mère — infirmière autorisée et sage-femme. Elle me remplissait la tête d’histoires incroyables. Tantôt c’était l’aide aux patients jusqu’à l’arrivée des soins d’urgence, habituellement par hélicoptère, tantôt le miracle de mettre un bébé au monde sans personne aux alentours.

Après mes études secondaires, je suis entrée à l’école des sciences infirmières où j’ai obtenu mon certificat. J’ai alors pratiqué comme infirmière autorisée dans un hôpital privé de Brisbane. C’est là où j’ai découvert ce qui allait plus tard devenir ma spécialité, les soins infirmiers en salle d’opération.

Mais avant toute chose, il me fallait un baccalauréat en sciences infirmières. Je travaillais donc quatre jours par semaine, je suivais des cours du soir quatre fois par semaine et, durant mes temps libres, je participais à des triathlons en suivant un entraînement difficile six jours par semaine. J’ai ainsi appris à être disciplinée et à planifier mes activités pour remettre mes travaux à temps et assumer toutes mes responsabilités.

Peu après avoir obtenu mon diplôme en 1993, on m’a confié la responsabilité de 10 salles d’opération durant le quart de soir. Malgré mon jeune âge, je voyais cette offre comme une autre occasion d’apprendre, de m’enrichir et de gagner le respect des infirmières expérimentées. En 1996, j’ai entrepris une maîtrise dans l’espoir de me joindre à l’équipe de direction en soins infirmiers de mon hôpital.

Malheureusement, mon travail en salle d’opération a fini par me désillusionner. Trop souvent, j’avais l’impression de travailler à la chaîne dans une usine — un patient entre, l’autre sort — « Au prochain! » Si je ne pouvais plus accomplir mes tâches avec un réel enthousiasme, c’était pour moi le temps de partir. Je suis donc entrée au service d’une société pharmaceutique comme spécialiste des produits, et j’ai appris à faire des présentations, à concevoir des séances de formation, à dresser des plans d’affaires et à travailler de manière autonome. Mais dans mon for intérieur, j’étais en partie insatisfaite de ce monde où régnait la notion de profits.

Puis soudain, tout a changé lorsque ma mère a été opérée d’urgence pour une rupture de la rate. Incapable par la suite de respirer par elle-même, elle avait été mise sous ventilateur aux soins intensifs, et j’étais restée nuit et jour à son chevet avec ma famille, pendant deux semaines. C’est alors que j’ai réalisé l’importance de la vocation que j’avais laissée derrière moi. Une fois encore, ma mère m’encourageait subtilement à retourner travailler aux soins infirmiers.

Alors qu’elle recommençait à respirer par elle-même, les infirmières et mes proches sont devenus une grande famille durant les six semaines qui ont suivi. De plus en plus, l’énergie qui se dégageait des soins infirmiers m’envahissait cœur et âme et je réalisais que cette profession n’avait jamais été du travail à la chaîne; j’avais simplement perdu de vue l’essentiel. Je comprenais maintenant que chaque patient est différent et offre la possibilité de contribuer à son rétablissement ainsi qu’à celui de sa famille.

J’ai donc quitté mon poste en entreprise pour travailler dans une agence de soins infirmiers, ce qui m’accordait suffisamment de flexibilité pour passer du temps auprès de ma mère et pour voyager de par le monde avec mon compagnon québécois. Une fois ma mère rétablie, j’ai déménagé à Montréal pour vivre avec Louis, qui est devenu mon mari. En double prime, j’ai également trouvé avec joie une nouvelle vie de famille au travail dans les salles d’opération de l’Hôpital général juif.

Depuis mon entrée au service de l’HGJ en 2002 comme infirmière clinicienne spécialisée en salle d’opération, j’ai eu l’occasion de créer un programme d’orientation pour le nouveau personnel infirmier, de mettre en œuvre la Liste chirurgicale de sécurité, de contribuer aux projets d’amélioration de la qualité et de participer à la formation en soins infirmiers dans tout l’Hôpital. Pour mieux comprendre le modèle de sciences infirmières de l’Université McGill, j’ai également obtenu une maîtrise en sciences appliquées de la même université.

Aujourd’hui, à titre de coordonnatrice des soins infirmiers en salle d’opération, mes défis varient de la dotation quotidienne en personnel à la préparation du personnel en prévision du grand déménagement du Service de chirurgie dans le pavillon K, en 2016. En veillant à mettre en place les bons systèmes et les bons processus, je peux aider le personnel infirmier à fournir les soins dont ont besoin les patients, et ce, de manière responsable et rentable.

Je pense à ce que Sigmund Freud a dit un jour : « L’amour et le travail sont les pierres angulaires de notre humanité ». Et j’en conviens, mais pour résumer ma vie comme infirmière, je nuancerais légèrement : l’amour du travail est la pierre angulaire de ma carrière.

Signature - Pevreal

 

 

 

 

Anna Pevreal

Coordonnatrice des soins infirmiers en salle d’opération

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