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Des pas de géant vers une meilleure compréhension de la santé des aînés

Jacqueline Deland a marché à deux reprises sur toute la longueur du tapis très particulier de la Clinique de mobilité de l’HGJ, sous le regard attentif du Dr Olivier Beauchet. En s’appuyant sur sa marchette, elle a d’abord marché comme elle le fait habituellement, au rythme qui lui convient, puis, à la demande du Dr Beauchet, elle a refait le même exercice à un rythme accéléré.

Ensuite le médecin a demandé à madame Deland de faire quelque chose qu’elle trouve curieux : il veut qu’elle marche sur le tapis long de 10 mètres tout en comptant à rebours. « Vraiment? » demande madame Deland en souriant. « À rebours? »

« Oui, à rebours », confirme le Dr Beauchet. « Essayez… »

Madame Deland s’engage sur le tapis en haussant les épaules « vingt, dix-neuf, dix-huit… » la démarche n’est pas tout à fait fluide, mais elle semble étonnamment agile pour une femme de 98 ans.

Pour la quatrième et dernière partie du test, le Dr Beauchet lui demande de nouveau de marcher normalement, mais en énonçant des noms d’animaux.

Madame Deland ne peut retenir un sourire surpris. « Oh, vous plaisantez, des animaux? Quels animaux? »

Une partie de l’information recueillie pendant que Jacqueline Deland marche sur le tapis sensible à la pression est affichée à l’écran de l’ordinateur portatif d’Harmehr Sekhon. Au bas de l’écran, la piste verte représente l’empreinte du pied gauche de madame Deland, la piste violette celle de son pied droit et la piste jaune indique les endroits où elle traînait sa marchette sur le tapis.

Une partie de l’information recueillie pendant que Jacqueline Deland marche sur le tapis sensible à la pression est affichée à l’écran de l’ordinateur portatif d’Harmehr Sekhon. Au bas de l’écran, la piste verte représente l’empreinte du pied gauche de madame Deland, la piste violette celle de son pied droit et la piste jaune indique les endroits où elle traînait sa marchette sur le tapis.

« Ceux que vous voulez », répond le Dr Beauchet.

« Des oiseaux? »

« Si vous voulez, c’est parfait. Allez-y ».

Et, elle commence en riant « rouge-gorge, moineau, aigle… », tout en dévoilant à son insu beaucoup plus d’information sur ses capacités physiques et cognitives qu’elle ne l’imagine.

À titre de patiente du Dr Beauchet, madame Deland a la chance d’avoir accès à la Clinique de la mobilité de l’HGJ, le seul établissement au Québec à utiliser, depuis 2016, ce type de tapis pour les évaluations cliniques plutôt que de le réserver aux fins de recherche.

Chaque fois que madame Deland fait un pas, les nombreux capteurs du tapis, officiellement connu sous le nom de ProtoKinetics Zeno Walkway, enregistrent une foule d’information sur la manière dont elle place son pied, de quel côté son corps est incliné, sur son hésitation à faire un pas et beaucoup plus.

Ces données numériques sont transmises par un câble à un ordinateur portatif où un logiciel spécialisé affiche les résultats à l’écran sous forme numérique et de graphismes. Cette information permet au Dr Beauchet, un gériatre/neurologue/interniste et le directeur de la Clinique de la mobilité, de mieux comprendre la fonctionnalité physique globale de madame Deland, d’évaluer son niveau de faiblesse et de déceler toute instabilité dans sa démarche qui pourrait constituer un risque de chute.

Tout aussi importante, la spécificité de sa démarche peut même aider le Dr Beauchet à déterminer s’il y a eu un déclin cognitif. Dans des circonstances normales, marcher est une tâche automatique et rythmique que le cerveau traite facilement, même quand une personne est distraite par autre chose, comme compter à rebours ou réciter des noms d’animaux.

Toutefois, s’il y a un déficit cognitif, la personne peut éprouver de la difficulté à marcher normalement tout en effectuant une tâche secondaire qui exige une concentration accrue. Cette difficulté se traduit par une hésitation à faire un pas ou par des empreintes mal placées qui sont enregistrées quand les patients marchent sur le tapis.

« Si vous demandez à plusieurs professionnels d’évaluer le même patient, les réponses peuvent différer. Le tapis procure une manière objective d’évaluer les capacités. »

L’avantage principal du tapis est la capacité de générer des données qui peuvent être évaluées et comparées objectivement, précise le Dr Beauchet, qui est également le directeur du Centre d’excellence sur le vieillissement et la maladie chronique du RUIS McGill, professeur à l’université McGill et titulaire de la chaire de médecine gériatrique du Dr Joseph Kaufmann. « Si vous demandez à plusieurs professionnels d’évaluer le même patient, les réponses peuvent différer. Le tapis procure une manière objective d’évaluer les capacités. »

La Clinique de la mobilité, tout comme l’utilisation du tapis, a été lancée à l’HGJ il y a environ un an, principalement à l’intention des patients qui éprouvent des problèmes de mobilité ou d’équilibre ainsi que pour ceux qui présentent des risques de chute. Les recommandations des patients proviennent de différentes sources, y compris de médecins de famille, de gériatres ou d’orthopédistes ou d’un médecin qui a examiné un patient au Service d’urgence à la suite d’une chute.

Le Dr Beauchet souligne que le tapis n’est que l’un des nombreux outils qui aident les médecins, et les autres professionnels de l’équipe multidisciplinaire, à formuler le bon diagnostic et à déterminer le traitement ou les soins pertinents.

Par exemple, les données recueillies par le tapis, combinés à d’autres observations, peuvent permettre à un médecin de comprendre que le sens de l’équilibre d’un patient n’est pas ce qu’il devrait être, et d’établir un plan de traitement visant à améliorer la posture du patient afin de réduire le risque de chute.

« Nous assurons également un suivi pour vérifier la pertinence de nos interventions », ajoute le Dr Beauchet, « et, nous pouvons modifier l’intervention en fonction du problème de démarche. Ce n’était pas possible avant qu’un outil comme le tapis soit mis à notre disposition. »

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