Événements marquantsMai 2017

In memoriam

Le Dr Mark Wainberg, pionnier de la recherche sur le VIH/sida

Le Dr Mark Wainberg est intronisé au Temple de la renommée médicale canadienne.

Le Dr Mark Wainberg est intronisé au Temple de la renommée médicale canadienne.

C’est avec une profonde tristesse que le Conseil d’administration et les membres du personnel de l’Institut Lady Davis (ILD), de l’Hôpital général juif (HGJ) et du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre‑Ouest-de-l’Île-de-Montréal (CIUSSS Centre-Ouest Montréal) ont appris le décès soudain et tragique du Dr Mark A. Wainberg, une sommité mondiale dans le domaine de la recherche sur le VIH et le SIDA.

Le Dr Wainberg, décédé le 11 avril à l’âge de 71 ans lors d’un séjour à Bal Harbour, en Floride, était le récipiendaire de nombreuses distinctions honorifiques internationales et nationales, notamment de l’Ordre du Canada et de l’Ordre national du Québec, en reconnaissance de ses réalisations avant-gardistes, y compris pour le développement d’un médicament reconnu pour avoir sauvé des millions de vies à l’échelle mondiale.

Le Dr Wainberg n’était pas motivé seulement par son esprit scientifique curieux, mais aussi par sa passion et sa détermination d’aider les personnes infectées par le VIH et le  SIDA et celles qui risquaient de l’être. Le sentiment d’urgence qu’il éprouvait était particulièrement évident lors des conférences internationales, où il n’hésitait pas à critiquer avec véhémence les gouvernements qui, selon lui, ne déployaient pas suffisamment d’efforts envers la prévention de cette infection et pour aider les personnes dans le besoin, particulièrement dans les pays en voie de développement.

En effet, le Dr Wainberg était tellement déterminé à jouer un rôle actif dans la lutte contre le SIDA, qu’en 1980, peu après que le spectre du SIDA soit devenue notoire à l’échelle mondiale, il a été le premier scientifique au Canada à concentrer ses travaux sur le VIH et à établir un laboratoire de bioconfinement aménagé pour ce type de recherche hautement spécialisée.

Il a également été parmi les premiers chercheurs au monde à cerner le problème de la résistance aux médicaments du VIH, et il a joué un rôle capital dans l’établissement de l’Association canadienne de recherche sur le VIH.

En 1989, cet engagement s’est traduit par l’apport clé du Dr Wainberg à la découverte du 3TC, aussi connu sous le nom de Lamivudine, un type de médicament antirétroviral qui est utilisé avec d’autres pour traiter les infections causées par le virus de l’immunodéficience humaine.

Le Dr Mark Wainberg lors de l’inauguration, en 2007, du nouveau laboratoire de bioconfinement pour l’étude du VIH/sida.

Le Dr Mark Wainberg lors de l’inauguration, en 2007, du nouveau laboratoire de bioconfinement pour l’étude du VIH/sida.

« Il s’agit d’une perte tragique, non seulement d’un chercheur de classe mondiale, mais d’un éminent collègue et d’un ami très cher », a déclare le Dr Lawrence Rosenberg, président-directeur général du CIUSSS Centre-Ouest Montréal. « Je ne connais pas d’autre scientifique ailleurs dans le monde qui a accompli autant et qui a consacré autant d’années à lutter contre le VIH et le SIDA. ».

« Mais, malgré tous les honneurs et les distinctions, Mark ne s’est jamais reposé sur ses lauriers. Il restait concentré sur ses travaux et déterminé à réaliser son rêve de découvrir un traitement contre la maladie qui avait emportée tant de vies. Il laisse un grand vide. »

« C’était un géant », ajoute le Dr Gerald Batist, directeur intérimaire de l’Institut Lady Davis. « Il y a un énorme vide dans nos cœurs, au sein de notre communauté de l’ILD et dans le monde scientifique du VIH.  Le monde du VIH vient de perdre l’un de ses défenseurs les plus influents. »

Le Dr Wainberg était directeur de la recherche sur le VIH/SIDA à l’ILD, et directeur du Centre SIDA McGill, situé à l’HGJ. Il a également été directeur de l’ILD de 2000 à 2009.

Le Dr Mark Wainberg avant l’ouverture du 16e Congrès international sur le sida à Toronto, en 2006, dont il était coprésident.

Le Dr Mark Wainberg avant l’ouverture du 16e Congrès international sur le sida à Toronto, en 2006, dont il était coprésident.

Né à Montréal, le Dr Wainberg était professeur en médecine, microbiologie et immunologie et pédiatrie à l’université McGill. Il a obtenu un baccalauréat en sciences de l’université McGill et un doctorat de l’université Columbia, dans l’État de New York. Après avoir travaillé à l’école de médecine de la Hebrew University Hadassah, à Jérusalem, comme chercheur-boursier postdoctoral et chargé de cours, il a joint les rangs de l’ILD à titre de chercheur à temps plein, en 1974.

Dès l’apparition du sida à l’échelle mondiale au début des années 1980, le Dr Wainberg n’a pas hésité à faire connaître son point de vue. « Cette maladie est la dernière à avoir atteint le stade épidémique chez les humains, » écrivait-il dans le numéro automne/hiver 1985 de Nouvelles HGJ (voir la page 9 dans le pdf). « Sa présence au sein de notre société est la preuve malheureusement trop évidente que nous avons trop rapidement considéré la conquête des maladies infectieuses comme un chose acquise. »

Le Dr Wainberg a été président de la Société internationale sur le sida de 1998 à 2000. Dans le cadre de ses fonctions, il a organisé le 13e Congrès international sur le sida, à Durban, en Afrique du Sud, en 2000. Il a également coprésidé la 16e Conférence internationale sur le SIDA (International AIDS Conference), à Toronto, en 2006, lors de laquelle il a publiquement mis le gouvernement canadien au défi d’appuyer les efforts mondiaux de lutte contre le SIDA.

Lors d’une réception en 2009, alors qu’il quitte ses fonctions de directeur de l’Institut Lady Davis, le Dr Mark Wainberg reçoit les remerciements du Dr Hartley Stern, directeur général de l’HGJ.

Lors d’une réception en 2009, alors qu’il quitte ses fonctions de directeur de l’Institut Lady Davis, le Dr Mark Wainberg reçoit les remerciements du Dr Hartley Stern, directeur général de l’HGJ.

« Maintenant que nous pouvons traiter le sida, note le Dr Wainberg en 2013 (voir la page 17 dans le pdf), nous devons lutter contre une baisse croissante de la vigilance. Le fait que bien des gens vivent avec cette maladie depuis des décennies signifie en revanche que les médicaments nécessaires pour traiter les patients coûtent des milliards. Cette situation ne peut pas durer. Par conséquent, le besoin d’un traitement curatif est plus urgent que jamais. »

L’influence du Dr Wainberg dans le domaine de la recherche sur le VIH/sida était telle qu’il a pu jouer un rôle déterminant en permettant à l’HGJ de construire un nouveau laboratoire de bioconfinement à l’ILD (voir la page 11 dans le pdf) en 2007, au coût de 5 millions de $.

Au moment de son inauguration, le laboratoire était parmi les rares installations de niveau 3 à être logées dans un hôpital canadien en accord avec les strictes mesures de sécurité imposées par Santé Canada. Il était également l’un des deux seuls centres au Québec autorisés à analyser la séquence génétique du virus pour déterminer ses possibilités de mutation et de résistance aux médicaments antiviraux.

À la réception pour longs états de service de l’HGJ, en 2015, le Dr Mark Wainberg a reçu son certificat pour 40 années de service complétées en 2014.

À la réception pour longs états de service de l’HGJ, en 2015, le Dr Mark Wainberg a reçu son certificat pour 40 années de service complétées en 2014.

Bien que la recherche ait occupé une grande partie de son temps, le Dr Wainberg restait profondément touché par la souffrance des gens. Par exemple, en janvier 2016, il a visité Jérusalem pour assister à l’inauguration d’un rouleau de la Torah, qu’il a donné en mémoire de Shira Banki. En juillet 2015, la jeune fille de 16 ans avait été poignardée à mort durant la parade annuelle de la Gay Pride (défilé de la fierté gaie) de la ville.

Le Dr Wainberg a décidé de faire ce don après avoir appris la mort de Shira Banki, une étudiante de niveau secondaire qui assistait à la parade pour manifester sa solidarité à ses amis de la communauté LGBT.

Parmi les nombreuses distinctions reçues par le Dr Wainberg, citons :

Dr Mark A. Wainberg

Dr Mark A. Wainberg

Par respect pour le décès du Dr Wainberg, le drapeau de l’université McGill a été mis en berne à l’HGJ.

Tous les membres du Conseil d’administration et du personnel présentent leurs plus sincères condoléances à la famille du Dr Wainberg et à ses nombreux amis et collègues, à Montréal et partout dans le monde.

Le nom du Dr Wainberg restera notoire pour ses découvertes scientifiques, pour son engagement envers ses travaux, pour son humour pince-sans-rire et pour son désir profond d’aider et de donner de l’espoir aux personnes dans le besoin.

Éloges et condoléances

Dans les jours et les semaines qui ont suivi le décès soudain et prématuré du Dr Mark Wainberg, plus de 300 messages de condoléances en provenance d’amis, de collègues et d’étudiants – passés et présents – ont été enregistrés sur le site Web de la maison funéraire Paperman & Sons.

Sauf indication contraire, voici des extraits de certains de ces messages :

Barbara et Dr David Zukor, chef de l’orthopédie à l’HGJ : « Mark était tellement remarquable à beaucoup d’égards, mais il était avant tout un homme réaliste, gentil, souriant et chaleureux. C’était un véritable mensch (une personne honorable) qui est parti prématurément mais en laissant le meilleur shem tov (bon nom). »

Barbara et Stanley K. Plotnick, ancien président du conseil d’administration de l’HGJ : « Il était un ami et un mentor. Il m’a toujours éclairé, non seulement sur la médecine et la recherche, sur notre hôpital et sur l’enseignement, mais aussi sur ce qu’il faut faire pour être un bon juif et un mensch. »

Dr Alan Spatz, chef de pathologie à l’HGJ : « Mark était un chercheur exceptionnel et plein de compassion dont le travail et la vision ont sauvé des centaines de milliers de vies – un homme extraordinaire ayant le courage de ses convictions et un dirigeant généreux avec ses collègues, qui appréciaient beaucoup sa bienveillance et son humour. »

Dr John Hiscott, chercheur principal adjoint, oncologie et virologie moléculaire à l’ILD : « Mark a été mon mentor et mon ami pendant 30 ans. Comme pour beaucoup d’autres étudiants et collègues, il était toujours un mensch généreux, prêt à aider et à prodiguer des conseils, parfois avec une telle ardeur qu’il nous forçait à réfléchir. Il ne manquait pas de conclure avec ce large sourire si éloquent qui semblait dire ‘Prends-moi au sérieux, mais pas trop quand même.’ »

Susan et Jonathan Wener, ancien président du conseil d’administration de l’HGJ : « Mark était très apprécié non seulement pour son travail, mais pour sa gentillesse et sa générosité. En tant que membres du conseil, nous étions vraiment privilégiés qu’il nous parle de son travail et nous fasse part de ses idées. »

Dr David Eidelman, doyen de la Faculté de médecine et vice-principal, santé et affaires médicales à McGill : « Mark Wainberg a eu un impact inestimable sur la vie de millions de personnes grâce à ses recherches porteuses de changement et à son extraordinaire militantisme. Le monde a perdu un géant du domaine de la médecine, un mentor d’exception et un grand homme. » Cité dans The McGill Reporter.

Salim et Quarraisha Abdool Karim, chercheurs : « Quand nous avons travaillé avec Mark et Jerry Coovadia pour la conférence sur le sida de 2000 à Durban, nous ne savions pas à quel point cela allait changer le monde, et ce n’est pas fini. Le rêve devient réalité et cela est dû, en grande partie, à la ténacité et à l’engagement de Mark. »

Mitchell Brownstein, maire de Côte Saint-Luc : « Au nom de mon épouse, Elaine, et du conseil municipal de Côte Saint-Luc, nous pleurons le décès soudain de Mark. En tant que membre actif de notre communauté, ancien président de la Congrégation Tifereth Beth David Jerusalem, et pour ses multiples implications comme bénévole, nous nous souviendrons de lui avec affection et avec la plus grande admiration. Mais surtout, nous garderons le souvenir d’un homme ordinaire qui donnait toute son attention aux gens qu’il côtoyait, toujours intéressé, accueillant et encourageant pour la personne avec qui il conversait. »

Suzanne Fortier, principale et vice-chancelière de l’Université McGill : « Le Dr Wainberg était un véritable pionnier, tant dans son laboratoire que sur le terrain. Il n’avait pas peur d’exprimer sa pensée. Il a sauvé des millions de vies grâce à sa profonde empathie, à sa conscience sociale progressiste et à son brillant esprit scientifique. » Cité dans The McGill Reporter.

Dre Lorraine Chalifour, directrice adjointe aux études supérieures et chercheuse chevronnée à l’ILD : « Mark était un homme remarquable aux qualités exceptionnelles, un passionné de sa science, un humaniste ouvert sur le monde qui pensait et agissait selon ses convictions sans se soucier des politiques, en plus d’être chaleureux, amusant et totalement attentif à l’autre, peu importe avec qui il était. »

Dr Jerry Zaharatos, chercheur à l’ILD et médecin traitant à l’HGJ : « Mark a été plus que généreux avec ses conseils et ses encouragements, il m’a offert son soutien dans mon cheminement scientifique et médical dans le domaine du VIH, et je lui serai toujours reconnaissant. Son enthousiasme d’une fraîcheur enfantine, ainsi que son humour et son sourire espiègle ne faisaient qu’amplifier son air de jeunesse. Sa passion pour les sciences n’avait d’égale que sa bonté et sa générosité. L’importance et l’étendue de ses contributions à la science médicale, à la défense des droits et à la lutte pour l’éradication du sida, dont il avait fait sa mission, nous motiveront à continuer le combat. »

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