Juillet 2017Nouvelles

La tradition juive n’exige pas que la vie soit prolongée sans discernement

Un symposium sur les soins de fin de vie se penche sur un dilemme d’éthique

Lors d’un symposium public à l’HGJ, un spécialiste de renommée internationale en matière d’éthique médicale juive a expliqué que même si la vie est sacrée selon la tradition juive, les mesures extraordinaires pour la prolonger doivent être déployées avec discernement.

Le rabbin Dr Avraham Steinberg, une sommité dans le domaine des soins de fin de vie, a toutefois mis en garde l’auditoire de l’amphithéâtre Block en indiquant que son exposé présentait seulement un survol du sujet abordé.

« Il s’agit de principes généraux », a précisé le professeur Steinberg lors de son exposé du 18 juillet. « Chaque cas doit être examiné individuellement et en toute objectivité. Il ne s’agit pas d’une carte blanche qui nous permet de dire ‘ puisque le patient est mourant nous pouvons cesser tout traitement et le laisser mourir ’, une telle attitude serait inacceptable. »

Le rabbin Avraham Steinberg parle de l’éthique médicale juive à l’HGJ.

Le rabbin Avraham Steinberg parle de l’éthique médicale juive à l’HGJ.

Le professeur Steinberg était l’un des conférenciers invités à la 9e conférence internationale sur l’éthique médicale juive, qui avait lieu au cours de la fin de semaine précédant le symposium. Le Dr Michael Bouhadana, membre du personnel de l’Hôpital et consultant en soins palliatifs au Centre de médecine familiale Goldman Herzl à l’HGJ, a profité de la présence dans notre ville de cet éminent spécialiste pour organiser un symposium à l’intention du personnel de l’Hôpital et du public.

Le professeur Steinberg, un neuropédiatre, est le directeur de l’Unité d’éthique médicale du Centre médical Shaare Zedek Medical, à Jérusalem. Il est également l’ancien directeur du Centre d’éthique médical à l’École médicale Hadassa de l’université Hebrew University, à Jérusalem, membre du Comité consultatif des greffes d’organes du ministère de la Santé d’Israël, l’auteur du livre Encyclopedia of Jewish Medical Ethics, l’ancien directeur de la Commission israélienne ayant élaboré ce qui est devenu la loi relative aux patients mourants, et membre de l’Académie pontificale pour la vie, au Vatican.

Le Dr Steinberg ajoute que la plupart des spécialistes juifs fondent leurs décisions sur le principe qu’un traitement médical peut être suspendu quand il s’agit d’un patient agonisant et souffrant, dont le décès est anticipé dans un délai déterminé, et pour qui le maintien dudit traitement ne serait d’aucune aide ou prolongerait la vie de très peu de temps.

Le professeur Steinberg a exposé chacun des éléments de ce principe, soit :

  • « agonisant », selon la loi juive, est défini comme un état menant au décès ou qui entraînera probablement le décès, en raison d’une condition médicale incurable. Selon les statistiques, le temps restant jusqu’au décès ne peut habituellement pas être prévu précisément au-delà de six mois;
  • « souffrant » est un état accepté suite à la déclaration du patient à cet effet; c’est-à-dire que la parole du patient suffit. Plusieurs autorités juives avancent en outre que par définition, chaque patient agonisant est souffrant d’une manière ou d’une autre;
  • « interruption du traitement » signifie ne pas donner accès à nouveau traitement ou refuser de prodiguer une autre séance de traitement intermittent à un patient. Toutefois, le traitement interrompu doit être lié directement à la cause médicale entraînant l’état critique du patient. Par exemple, l’usage d’un appareil respiratoire peut être interrompu pour un patient en phase terminale d’une maladie pulmonaire, mais ce dernier peut continuer à recevoir de la nourriture et des liquides;
  • « cessation du traitement », un acte interdit par la loi juive, est défini comme causer le décès immédiat ou imminent en cessant de prodiguer un traitement nécessaire au maintien de la vie. Par conséquent, les médecins peuvent décider de ne pas accorder l’usage d’un appareil respiratoire à un patient en phase terminale d’une maladie pulmonaire, mais si l’appareil est en place, son usage ne peut pas être interrompu.
« Au cours des dernières semaines ou des derniers mois de la vie des patients, nous avons l’obligation de faire tout en notre pouvoir pour que l’agonie soit aussi paisiblement que possible. »

En outre, bien que certaines autorités rabbiniques expriment des réticences relativement aux soins palliatifs, ajoute le professeur Steinberg, la plupart d’entre elles conviennent que correctement prodigués, les soins palliatifs « sont non seulement permis, mais ils sont obligatoires ».

« Au cours des dernières semaines ou des derniers mois de la vie des patients, nous avons l’obligation de faire tout en notre pouvoir pour que l’agonie soit aussi paisiblement que possible, sans accélérer le décès et sans intention de le causer, mais simplement dans le but d’alléger la souffrance. »

Le professeur Steinberg attribue également l’intérêt croissant envers l’éthique des soins de fin de vie à quatre facteurs clés, soit :

  • participation accrue des patients et de leur famille à la planification des traitements ou à la décision d’interrompre le traitement;
  • augmentation sensible de la difficulté de parvenir à un consensus des professionnels de la santé, parfois plusieurs douzaines, participant au traitement du même patient;
  • difficulté à déterminer comment répartir le mieux possible les fonds et les ressources limités du secteur des soins de santé. « Les fonds dépensés pour les soins de la dernière année de vie sont souvent plus importants que l’ensemble des fonds utilisés pendant toute la vie », précise le professeur Steinberg;
  • percées technologiques permettant de prolonger la vie considérablement plus que ce qui était possible même au cours des dernières dizaines d’années. « Les théories de jadis sont maintenant pratiques courantes ».

L’exposé complet est disponible en anglais sur une vidéo You Tube.

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