Articles vedettesMai 2018

Les étudiants bénévoles embrassent l’intensité des soins intensifs

L’an dernier, lors d’une journée d’été, Rabbia Akhtar-Tariq, une étudiante en psychologie à l’Université McGill et bénévole au sein de l’Unité des soins intensifs médicaux-chirurgicaux (USIMC), a fait la connaissance d’une patiente qui l’a profondément touchée.

En effet, comme Madame Akhtar-Tariq parle urdu, elle a été chargée de communiquer avec une patiente, âgée d’environ 55 ans, qui n’avait pas de famille ou d’amis pour l’aider.

Progressivement, des liens très étroits, et imprévus, se sont tissés entre Madame Akhtar-Tariq et cette patiente, et c’est l’une des raisons principales qui l’ont incitée à revenir cet été, pour la troisième fois, comme bénévole à l’USIMC, malgré l’incidence émotive considérable de cet engagement.

Susan Cameron (à gauche), infirmière-enseignante au sein de l’Unité des soins intensifs médicaux-chirurgicaux, en compagnie de Rabbia Akhtar-Tariq, une étudiante bénévole.

Susan Cameron (à gauche), infirmière-enseignante au sein de l’Unité des soins intensifs médicaux-chirurgicaux, en compagnie de Rabbia Akhtar-Tariq, une étudiante bénévole.

Pendant ses quarts de travail, Madame Akhtar-Tariq écoutait et réconfortait la patiente, qui s’est confiée à elle peu à peu, en dévoilant une vie de traumatismes et de mauvais traitements.

« Tu es mon enfant, tu es mon bébé », lui disait la patiente.

« Elle avait un tel besoin de contact humain », se souvient Madame Akhtar-Tariq.

« À ses yeux, je suis devenu comme un membre de sa famille ».

Madame Akhtar-Tariq rêvait de pouvoir aller faire une promenade avec la patiente, quand la santé de cette dernière serait suffisamment stable, pour qu’elle sente encore une fois la chaleur du soleil sur sa peau.

« L’un des médecins me disait « elle rayonne chaque fois que vous entrez dans sa chambre ». Comme si ma présence lui insufflait un peu de vie. »

Malheureusement, cette patiente est décédée un mois plus tard. Et, c’est en raison de ce décès que Madame Akhtar-Tariq est allée à un enterrement pour la première fois.

À propos du programme de liaison de l’USI

Le Programme de liaison de l’USI est en vigueur à l’HGJ, à l’Hôpital général de Montréal et à l’Hôpital Royal Victoria. Ce programme s’adresse aux étudiants de l’Université McGill, de l’Université Concordia, de l’Université de Montréal, de l’Université du Québec à Montréal et de l’Université Bishop.

Ce programme a été créé par les étudiants de l’Université McGill Adamo Donovan et Milanka Stevanovic, ainsi que par le Dr David Hornstein, interniste et intensiviste à l’Hôpital général de Montréal.

Les étudiants qui souhaitent participer à ce programme doivent en faire la demande auprès des membres la haute direction du Programme de liaison de l’USI. Un c.v. et une lettre d’accompagnement sont requis.

Pour en savoir plus au sujet de ce programme.

« Cette patiente a changé ma manière d’envisager la vie », dit-elle. « À mon âge, il est rare de côtoyer une personne mourante. La mort semble habituellement un événement très lointain ».

Quand Madame Akhtar-Tariq, qui est âgée de 23 ans, reviendra à l’USIMC cet été, à titre d’étudiante bénévole, elle participera au Programme de liaison de l’USI, implanté à l’HGJ à l’automne 2016.

« L’objectif du programme est littéralement de créer un pont entre les membres de la famille qui attendent à l’extérieur de la chambre et les membres du personnel de l’USIMC », explique Susan Cameron, infirmière-enseignante à l’USIMC.

« Le programme m’a permis de découvrir une force émotionnelle que je ne pensais pas posséder », dit Madame Akhtar-Tariq en ajoutant qu’elle collabore également avec l’équipe de marketing du programme. « Je ne pensais jamais être en mesure d’affronter des situations aussi émotionnellement chargées ».

« Le programme m’a permis de découvrir une force émotionnelle que je ne pensais pas posséder ».

Dans la plupart des cas, les étudiants bénévoles aident les visiteurs qui viennent à l’USI, plutôt que les patients. Qu’il s’agisse d’accueillir les visiteurs, de les escorter jusqu’au chevet de leur personne chère, ou de leur expliquer comment sortir de l’Unité, les bénévoles s’assurent que les familles se sentent à l’aise et en sécurité.

Comme il s’agit d’une Unité verrouillée, les familles doivent utiliser le téléphone situé à l’extérieur de l’Unité pour avoir accès à l’USIMC, mais cette simple démarche peut être intimidante pour certains, ajoute Madame Cameron. La présence des bénévoles facilite ce processus, puisque la carte d’identité des étudiants permet d’ouvrir la porte.

« Au début, j’ai été très étonnée de voir combien les visiteurs partageaient leurs émotions avec les bénévoles », dit Madame Akhtar-Tariq. « Ils revenaient la semaine suivante et me remerciaient de les avoir écoutés. Je n’avais jamais réalisé l’importance de prêter une oreille attentive ».

Ce semestre, 58 étudiants de niveau universitaire ont été affectés à l’USIMC de l’HGJ. Ils travaillent deux par deux, pendant des quarts de quatre heures, soit de 8 h à minuit, sept jours sur sept. Trois heures de leur quart de travail sont consacrées à aider les familles. Pendant la quatrième heure, ils peuvent observer de près le membre de l’équipe l’USIMC de leur choix.

« Ils peuvent observer tout ce que nous faisons », dit Madame Cameron, qui anime également une séance d’orientation et de formation pour les groupes au début du semestre de bénévolat. « Qu’il s’agisse d’un protocole de transfusion massive ou d’une tournée médicale, ils peuvent être présents et poser des questions ».

Madame Akhtar-Tariq aime tout particulièrement observer les tournées multidisciplinaires. « Tous des membres du personnel se réunissent et toute l’attention est concentrée sur un seul patient », dit-elle. « C’est ce que j’aime ici : les membres du personnel s’entraident et collaborent étroitement. Je me suis toujours demandé comment les membres de l’équipe de l’USI arrivaient à gérer leurs émotions, et maintenant je comprends qu’ils s’appuient les uns sur les autres et tirent parti de leurs forces ».

Selon Madame Cameron, la présence des étudiants consolide également l’équipe de l’USIMC. « Ils nous offrent une aide précieuse. Nous remarquons leur absence quand ils ne sont pas parmi nous. Ils sont devenus des membres de notre équipe ».

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