Août 2018Pleins feux

Les simulations de cas d’urgence confèrent des avantages concrets lors de situations réelles

Les équipes de soins de santé interagissent dans le cadre d’une mise en scène très stressante visant à améliorer la qualité

« Mon bébé! Où est mon bébé? », demande en pleurant la jeune femme pâle et affolée, qui vient d’accoucher, en se tordant de douleur sur une civière du Service de l’urgence.

L’aide-soignant Thong Pham conduit une future mère à l’Unité de réanimation du Service de l’urgence.

L’aide-soignant Thong Pham conduit une future mère à l’Unité de réanimation du Service de l’urgence.

Une infirmière la rassure en lui disant qu’elle ne doit pas s’inquiéter, quand le nouveau-né est transporté un peu plus loin pour recevoir des soins spécialisés. « Pourquoi? Qu’est-ce qu’il y a? » demande la jeune mère, d’une voix paniquée. « Qu’est-ce qu’il y a avec mon bébé? »

Malgré sa fatigue, ses cris stridents dominent les sonneries des moniteurs et le tumulte de l’Unité de réanimation du Service de l’urgence. Tout en s’accrochant désespérément à la main de sa conjointe, la nouvelle mère pose un regard suppliant sur les médecins et le personnel infirmier qui entourent sa civière, éclaboussée du sang versé pendant l’accouchement difficile.

Ensuite, elle entend une infirmière dire à l’équipe qui s’occupe du nouveau-né « Le bébé ne pleure pas et ne respire pas. Nous devons commencer la réanimation néonatale! »

« Mon bébé! Mon bébé! », cri la mère, qui vient de comprendre la gravité de la situation et se souvient de ce qu’elle a entrevu il y a quelques minuter. « Pourquoi mon bébé est-il bleu? ».

Une hémorragie du canal génital se déclare soudainement. Les équipes du Service de l’urgence et d’obstétrique concentrent immédiatement toute leur attention sur la mère et s’efforcent de contrôle le saignement sous la directive du Dr Paul Brisebois, le médecin urgentologue chargé de la situation, qui guide les efforts conjugués de ses collègues par le biais de fréquents résumés oraux de la situation médicale.

Début de l’accouchement simulé, à l’aide d’un abdomen sophistiqué de femme enceinte PROMPT MD en plastique. Le Dr Paul Brisebois (à droite), médecin traitant au Service de l’urgence, se prépare à pratiquer l’accouchement, aidé de la Dre Rilla Schneider (à gauche), résidente en pédiatrie.

Début de l’accouchement simulé, à l’aide d’un abdomen sophistiqué de femme enceinte PROMPT MD en plastique. Le Dr Paul Brisebois (à droite), médecin traitant au Service de l’urgence, se prépare à pratiquer l’accouchement, aidé de la Dre Rilla Schneider (à gauche), résidente en pédiatrie.

L’équipe administre une combinaison de médicaments et de produits sanguins pendant que les obstétriciens exécutent des actes médicaux spécialisés pour stabiliser la mère. Une salle d’opération est rapidement réservée par le biais d’un appel téléphonique, et la jeune femme est bientôt prête à être transportée.

Pendant ce temps, grâce à l’intervention diligente des membres du personnel des Services de néonatologie et de thérapie respiratoire, le nourrisson est stabilité, placé dans un respirateur et préparé pour le transport à l’Unité néonatal de soins intensifs.

Et… En quelques seconds, tout est fini! Des applaudissements spontanés fusent et les membres du personnel sourient et soupirent de soulagement en se félicitant mutuellement.

La « jeune mère » retire son masque à oxygène, passe une main moite dans ses cheveux et se lève de la civière – son rôle de patiente est terminé. Elle laisse derrière elle l’abdomen grandeur nature de femme enceinte PROMPT MD en plastique, sur lequel repose encore le cordon ombilical jaune et le placenta rouge en plastique, et s’assoie sur les draps tachés de ketchup et de colorant alimentaire rouge. Le bébé, une poupée en plastique, lui aussi, repose silencieux et immobile dans l’élément de réchauffement d’urgence qui le gardait « en vie » il y a quelques minutes.

En ce matin de la mi-juin, les membres du personnel d’une vaste gamme de spécialités ont été plongés dans un exercice de simulation remarquablement réaliste, dont la mise en scène était dirigée par le Dr Errol Stern, urgentologue membre du personnel et directeur du programme de simulation de médecin d’urgence de l’HGJ.

Après une hémorragie post-partum simulée, le Dr Paul Brisebois (à gauche) et le Dr Willis Grad (à droite) du Service de l’urgence stabilisent la nouvelle mère et la préparent en vue du transport en chirurgie.

Après une hémorragie post-partum simulée, le Dr Paul Brisebois (à gauche) et le Dr Willis Grad (à droite) du Service de l’urgence stabilisent la nouvelle mère et la préparent en vue du transport en chirurgie.

L’exercice a été réalisé avec la collaboration étroite des coorganisateurs, soit le Dr Luis Monton, médecin membre du personnel du Service d’obstétrique/gynécologie, la Dre Nina Nouraeyan, médecin membre du personnel du Service de néonatologie, Angie Spiropoulos, chef de la thérapie respiratoire et les éducateurs en soins infirmiers du Service de l’urgence, de la Maison de naissance et de l’unité des soins intensifs néonatals.

Des mois de préparatifs

Bien que la simulation n’ait duré que 20 minutes, elle a exigé deux mois de préparatifs méticuleux. En effet, une vaste équipe multidisciplinaire a planifié chaque aspect de l’exercice, et s’est également assuré de satisfaire aux objectifs d’apprentissage de chacune des spécialités de soins de santé concernée.

« L’objectif principal n’était pas de souligner les spécificités médicales d’un cas où la mère est transportée au Service de l’urgence, donne naissance à un bébé qui ne respire pas et souffre ensuite d’une hémorragie post-partum », dit le Dr Stern.

« La simulation visait plutôt à voir comment les différentes équipes de soins de santé fonctionnaient, comment elles interagissaient lors de situations rares et stressantes, et comment la qualité des traitements et des soins pouvait être améliorée. ». (Certains des éléments de cette mise en scène étaient inspirés d’événements réels ayant eu lieu à l’HGJ l’an dernier).

Afin de réaliser ces objectifs, il était essentiel d’accroître le niveau de stress de la situation : une femme enceinte transportée au Service de l’urgence, où un accouchement avant terme à la suite d’une grossesse à risque est un événement assez rare. Ensuite, voir comment des équipes de soins de santé coordonnés exécutent des interventions visant à sauver une vie en étant confinées dans une seule salle de réanimation.

« Avec cet exercice de simulation, nous explorons différentes manières de travailler ensemble vers l’objectif commun d’aider les patients. »

Pour déterminer comment chaque personne fonctionne dans des conditions que le Dr Stern décrit comme étant un « chaos contrôlé », il est nécessaire de créer une mise en scène exigeant la participation d’une foule de Services et de disciplines de l’Hôpital, y compris des membres du personnel infirmier et des médecins des Services de l’urgence, d’obstétrique/gynécologie et de néonatologie, ainsi que du personnel paramédical, dont les thérapeutes respiratoires, les agents d’unité, les aides-soignants et les membres du personnel de la Sécurité.

Des données sont également recueillies auprès du personnel des Services de qualité et gestion du risque, de technologie de l’information, des télécommunications et des services audiovisuels.

L’autre défi consistait à examiner comment les membres du personnel fonctionnent hors de leur zone de confort, ajoute Melanie Sheridan, infirmière clinicienne spécialisée au Service de l’urgence. « Les membres du personnel réagissent bien au sein de leur propre Service, où l’aménagement est familier et l’équipement et les intervenants sont facilement accessibles, comment réagissent-ils dans un environnement inhabituel? »

De plus, pour déterminer comment les membres du personnel réagissent devant un conjoint du même sexe que le patient, Andrea Willett, conseillère en soins infirmiers de la Maison de naissance, a été recrutée pour jouer le rôle de la conjointe de la future mère, joué par Emily Churchill-Smith.

« Nous ne cherchons pas à évaluer les connaissances médicales ou en matière de soins infirmiers », explique le Dr Stern aux participants lors d’une séance d’information peu de temps avant le début de la simulation. « Nous voulons évaluer comment les personnes collaborent et comment les équipes interagissent dans le cadre de la même mise en scène ».

« À titre individuel, nous performons bien. À titre d’équipe, nous performons encore mieux. Et, si nous pouvons fonctionner efficacement à titre d’équipes multidisciplinaires, nous sommes réellement les meilleurs. Avec cet exercice de simulation, nous explorons différentes manières de travailler ensemble vers l’objectif commun d’aider les patients. »

Avant la simulation, le Dr Stern a prévenu les participants que leur performance « pouvait ne pas être optimale, puisque la mise en scène était intentionnellement conçue pour présenter des défis. Ne vous inquiétez pas, puisque nous savons que tous les participants à cette simulation sont intelligents, motivés, s’efforcent de faire de leur mieux et veulent améliorer leur performance ».

Après la simulation, les membres de l’équipe ayant planifié et participé à l’exercice se réunissent pour parler de leur expérience et échanger leurs impressions.

Après la simulation, les membres de l’équipe ayant planifié et participé à l’exercice se réunissent pour parler de leur expérience et échanger leurs impressions.

Différents types de simulations

Habituellement, le Dr Stern effectue les mises en scène dans un environnement simulé à l’HGJ, où les résidents et les infirmières en médecine d’urgence et médecine interne reçoivent actuellement leur formation. (Le Dr Stern espère élargir le Programme de simulations pour inclure d’autres Services). Dans cette chambre d’hôpital de soins critiques simulée, un mannequin sophistiqué grandeur nature, et des moniteurs sont manipulés à distance pour simuler différents états de santé et symptômes que les participants doivent traiter. Pour accroître le réalisme de la situation, le mannequin parle aux participants, grâce à une connexion avec un superviseur qui se trouve dans une salle de contrôle avoisinante.

Tout comme pour la mise en scène du mois de juin, ces simulations visent à donner aux participants l’occasion d’examiner leurs compétences cliniques et en matière de communication, et de participer par la suite à un débreffage réactif promouvant l’apprentissage plutôt que la critique.

Le Dr Marc Afilalo, directeur du Service de l’urgence à l’HGJ, souligne comment cette simulation a différée des précédentes : « Cette simulation a eu lieu au sein du Service de l’urgence plutôt que dans un environnement artificiel. Le patient était une « vraie » personne, plutôt qu’un mannequin. Et, les participants n’étaient pas des résidents, mais des membres du personnel chevronnés qui entendaient cerner les déficiences latentes possibles dans la manière dont nous prodiguons les soins à nos patients, afin de pouvoir orienter nos efforts sur des mesures correctives  ».

« Les membres du personnel deviennent tellement concentrés affectivement par l’événement que la démarcation entre la simulation et la réalité est brouillée, et ils abordent la mise en scène comme s’il s’agissait d’un cas réel ».

« Quand un événement grave se produit à l’Hôpital, nous effectuons toujours un suivi exhaustif, afin de déterminer comment empêcher qu’un accident semblable se reproduise », dit Krystle North, conseillère en Qualité au Service de qualité et gestion des risques.

« Toutefois, les simulations vont un peu plus loin. Recréer un événement grave, dans le cadre d’un exercice présentant beaucoup moins de risque, constitue une excellente manière de cerner les lacunes pour résoudre les problèmes ».

Mais si les participants savent qu’il s’agit d’une simulation (mais ils n’en connaissent pas les détails à l’avance), pouvons-nous nous attendre à ce qu’ils réagissent d’une manière réaliste quand ils doivent traiter un « faux » patient doté d’un abdomen en plastique dont le bébé est une poupée?

L’exercice du mois de juin a démontré que la réponse est oui. Selon le Dr Stern, « lors de ces situations les membres du personnel deviennent tellement concentrés affectivement par l’événement que la démarcation entre la simulation et la réalité est brouillée, et ils abordent la mise en scène comme s’il s’agissait d’un cas réel ».

Le Dr Haran Balendra, médecin traitant au Service de l’urgence note que « les acteurs entrent dans la peau de leur personnage et prennent leur rôle très au sérieux. À la fin de l’exercice de simulation, je les ai entendus dire « Ouf, c’était tellement réaliste! Je suis impatient de participer au prochain exercice ».

Évaluation de la simulation

Dès la conclusion de la simulation, environ 55 membres du personnel – 40 personnes dans une salle de conférence au pavillon K muni d’une connexion vidéo, dix au Service de l’urgence et cinq autres au Service d’obstétrique – se sont réunis pendant plus d’une heure pour échanger leurs impressions sur ce qu’ils venaient de vivre.

Du point de vue de la patiente, Madame Churchill-Smith dit que malgré l’activité frénétique qui régnait au sein de l’Unité de réanimation, « les gens étaient très attentifs à moi et visiblement concentrés sur le bien-être de mon bébé ». Elle a également été rassurée d’avoir été informée rapidement que son bébé avait été intubé et respirait plus facilement.

Madame Willett, qui jouait le rôle de la conjointe, a confirmé avoir été traitée avec respect par les membres du personnel qui reconnaissaient ses liens avec la patiente. Elle signale toutefois que le personnel lui a seulement demandé des renseignements de base, même si elle était prête à fournir considérablement plus d’information.

Pendant le débreffage franc et exhaustif, le personnel a abordé une foule de sujets, y compris la communication de l’équipe interdisciplinaire et la direction médicale, l’utilisation de l’élément de réchauffement d’urgence pour régulariser la température corporelle des nouveau-nés dont l’état de santé est critique, le rôle complémentaire des thérapeutes respiratoires qui ont également reçu une formation en réanimation néonatale et le personnel dédié qui intervient lors d’un code lavande, le code signalant une urgence néonatale.

En guise de conclusion, le Dr Stern a remercié les membres du personnel pour le temps qu’ils ont consacré aux longs préparatifs de cet événement, et de leur participation à une mise en scène d’une complexité inégalée à l’HGJ.

« Il s’agissait de notre premier exercice de simulation sur place au Service de l’urgence », dit-il, « qui, je l’espère, sera suivi de plusieurs autres ».

***

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Peu avant le début de la simulation, plusieurs participants se réunissent pour discuter de cet exercice. Andrea Willett (à droite), infirmière, qui a joué le rôle de la conjointe de la patiente, tient la poupée-nourrisson. Elle converse avec (de gauche à droite) Kimani Daniel, infirmière, conseillère-cadre en soins mère enfant, le Dr Haran Balendra, médecin traitant au Service de l’urgence, et Meredith Jones, conseillère en enseignement infirmier d’urgence. Sur la civière : l’abdomen en plastique en forme de ventre de grossesse y compris le cordon abdominal et le placenta rouge artificiels qui sortiront du vagin en plastique après l’accouchement.

Peu avant le début de la simulation, plusieurs participants se réunissent pour discuter de cet exercice. Andrea Willett (à droite), infirmière, qui a joué le rôle de la conjointe de la patiente, tient la poupée-nourrisson. Elle converse avec (de gauche à droite) Kimani Daniel, infirmière, conseillère-cadre en soins mère enfant, le Dr Haran Balendra, médecin traitant au Service de l’urgence, et Meredith Jones, conseillère en enseignement infirmier d’urgence. Sur la civière : l’abdomen en plastique en forme de ventre de grossesse y compris le cordon abdominal et le placenta rouge artificiels qui sortiront du vagin en plastique après l’accouchement.

Avant la simulation, Emily Churchill-Smith (assise), qui joue le rôle de la mère enceinte, se familiarise avec les accessoires en plastique qui seront utilisés pendant l’accouchement simulé. Le Dr Lars Grant (à droite), médecin traitant au Service de l’urgence l’aide sous la supervision du Dr Errol Stern (au centre), médecin urgentologue et coorganisateur et coordonnateur de l’exercice.

Avant la simulation, Emily Churchill-Smith (assise), qui joue le rôle de la mère enceinte, se familiarise avec les accessoires en plastique qui seront utilisés pendant l’accouchement simulé. Le Dr Lars Grant (à droite), médecin traitant au Service de l’urgence l’aide sous la supervision du Dr Errol Stern (au centre), médecin urgentologue et coorganisateur et coordonnateur de l’exercice.

Au début de la simulation, Demetra Horotan (à gauche), infirmière au Service de l’urgence, se dirige vers l’Unité de réanimation au Service de l’urgence.

Au début de la simulation, Demetra Horotan (à gauche), infirmière au Service de l’urgence, se dirige vers l’Unité de réanimation au Service de l’urgence.

Au début des contractions simulées, le thérapeute respiratoire Michael Ramadeen (à gauche) est l’une des personnes prodiguant des soins à la patiente enceinte dont l’état de santé est grave.

Au début des contractions simulées, le thérapeute respiratoire Michael Ramadeen (à gauche) est l’une des personnes prodiguant des soins à la patiente enceinte dont l’état de santé est grave.

Après l’accouchement simulé, l’une des équipes de soins de santé prodigue des soins à la mère, tandis que l’autre (qui n’apparaît pas sur la photo), plus loin dans la même pièce, s’efforce de réanimer le bébé.

Après l’accouchement simulé, l’une des équipes de soins de santé prodigue des soins à la mère, tandis que l’autre (qui n’apparaît pas sur la photo), plus loin dans la même pièce, s’efforce de réanimer le bébé.

Quand l’état de santé de la mère s’aggrave après une hémorragie post-partum simulée, elle est soignée par Jacquie Hall (à gauche), infirmière-chef adjointe de la Maison de naissance et par la Dre Sophia Hussaini (à droite), résidente en Obstétrique/Gynécologie.

Quand l’état de santé de la mère s’aggrave après une hémorragie post-partum simulée, elle est soignée par Jacquie Hall (à gauche), infirmière-chef adjointe de la Maison de naissance et par la Dre Sophia Hussaini (à droite), résidente en Obstétrique/Gynécologie.

 

Après l’hémorragie post-partum, la nouvelle mère est préparée pour le transporté en chirurgie.

Après l’hémorragie post-partum, la nouvelle mère est préparée pour le transporté en chirurgie.

 

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